Nicolas Servissolle2026-03-222026-03-22202410.4000/12otqhttps://doi.org/10.4000/12otqhttps://andeanlibrary.org/handle/123456789/75994Dans la poésie d’Emmanuel Hocquard et dans celle de Jude Stéfan, on trouve maintes références à la littérature latine, qu’elles soient explicites, ou allusives : jeu avec des figures littéraires ou mythologiques, mention ou pratique de genres anciens, convocation de divers hypotextes antiques. Le premier intérêt de ce recours au fonds gréco-latin semble être de constituer, pour eux, un « bouclier de Persée », au sens où il leur permet de se mettre à distance du lyrisme, qui fait retour dans les années quatre-vingt. Dans un premier temps, certes, ce recours peut apparaître contradictoire, dans la mesure où Jude Stéfan se reconnaît dans la figure de Catulle, qu’il considère comme l’un des inventeurs de la poésie subjective, et qu’Emmanuel Hocquard se réclame de l’élégie. Mais le détour par l’antique, chez l’un comme chez l’autre, se double d’une affirmation de modernité : la figure de l’élégiaque est inversée, quant à Catulle, il devient le précédent néotérique d’une génération non véritablement perçue, invisibilisée, mais qui pourrait être celle des novi poetae du vingtième siècle. Cette génération, c’est celle que l’un désigne par le terme de « contre-écriture » et l’autre par l’expression de « modernité négative » et qui se caractérise par un ensemble de refus qui la rend difficilement situable. Or, cette génération manifesterait un changement épistémique, dont témoigne le rapport d’Emmanuel Hocquard à Lucrèce : le réel y demeure une énigme irréductible, le divorce entre les mots et les choses y est réaffirmé et creusé. En outre, le recours à la matière antique révèle une façon nouvelle de considérer la contemporanéité, qui remet en question le continuisme et le causalisme de l’histoire littéraire. Bien plus, en s’affirmant les contemporains « extrêmes » de Catulle et Lucrèce, Jude Stéfan et Emmanuel Hocquard en apparaissent comme les représentants exemplaires : deux « extrêmes-contemporains ».frHumanitiesArtPhilosophyJude Stéfan & Emmanuel Hocquard, extrêmes-contemporains de Catulle & Lucrècearticle